Mass intellectuality
(intelletualita di massa): This term refers to the
collective intelligence and accumulated intellectual powers that
extend horizontally across society. It does not refer to a specific
group or category of the population (such as a new intelligentsia)
but rather to an intellectual quality that defines to a greater or
lesser degree the entire population. intellectuality is not a
phenomenon limited to the individual or the closed circle of trained
intellectuals; it is a mass phenomenon that depends on a social
accumulation and that proceeds through collective, cooperative
practices. Gramsci says that all men are intellectuals but not all in
society have the function of intellectuals. Today techno-scientific
knowledge and practices are spreading to invest all spheres of life
to a greater extent. Capital has learned from Gramsci's insight and
put it to work. The post-Fordist workforce produces increasingly on
the basis of it collective intelligence, its mass intellectuality.

‘다중’ 네트워크 ‘제국’을 위협한다

http://www.munhwa.com/news/view.html?no=2008022901031630008005

다중 / 안토니오 네그리·마이클 하트 공저, 조정환 등 옮김 / 세종서적

엄주엽기자 ejyeob@munhwa.com

근래 국내외 인문·사회과학계에서 가장 많은 논란을 빚은 책이 이탈리아 사상가 안토니오 네그리와 그의 제자이자 미국의 사회학자인 마이클 하트가 같이 쓴 ‘제국’(Empire·이학사, 2001)일 것이다. 그 후속편인 ‘다중’(Multitude)이 “‘제국’이 지배하는 시대의 전쟁과 민주주의”라는 부제를 달고 번역돼 나왔다. ‘다중’은 2004년에 영어판이 나왔었다.

이번 번역은 네그리가 1970년대에 창안한 ‘아우토노미아’(자율)운동을 근 10년간 연구하고 소개해온 조정환(문학평론가)과 그 실천적 모임인 ‘다중네트워크센터’(http://waam.net)에 있는 정남영 서창현 등이 맡았다.

네그리 - 하트는 푸코의 계보학과 들뢰즈 - 가타리의 노마디즘(유목주의)을 이어 받지만 마르크시즘의 입장에서 새로운 지평으로 이끌고 있다는 평가를 받는다. 특히 마르크스의 ‘자본’과 들뢰즈-가타리의 ‘천의 고원’이 그들의 지적 배경이라 할 수 있다. 이들은 새로운 개념을 창안하고 기존 용어도 전혀 다른 의미로 사용해, 책을 독파하자면 상당한 내공이 필요하다. 하지만 그것은 과거 개념의 틀로 변화된 시대를 설명할 수 없기에 당연하다. 오히려 ‘낯섬’을 받아들이고 진지하게 접근해 달라는 저자들의 요청이자 주문이다. 번역판에는 후반부에 ‘용어해설’란을 따로 두어 독자들의 이해를 돕고 있다.

21세기 세계를 설명하는데 ‘제국’과 ‘다중’은 네그리의 핵심 키워드이다. 2000년에 출간된 ‘제국’에서 네그리는 현재의 세계가 19세기 말과 20세기 같은 ‘제국주의’시대로부터 ‘전지구적 주권’ 즉 ‘제국’이라는 일종의 세계국가로 이행했다고 주장한다. 따라서 선진제국의 자본 - 군사 - 정치적 네트워크 곧 제국이 전 지구를 장악해가고 있는 상황에서 국민국가 단위의 자본-노동계급의 제국주의적 구도는 실효성을 잃었다는 것이다.

또한 제국주의 이론에서 인민, 대중, 노동계급 등 지배권력의 대항자로 지칭되었던 개념도 ‘제국’의 시대에는 “다양하게 조직되고 행동하며 지구적 연결(link)을 이루는” ‘다중’으로 불러야 한다고 말한다. 이 책은 ‘제국’에서 간단히 언급했던 ‘다중’을 본격적으로 설명하고 있다.

책에 따르면, 다중은 “하나의 통일성이나 동일성으로 결코 환원될 수 없는 수많은 내적 차이로 구성돼 있다는 점에서 ‘민중’과 구별되며, 무차별성의 본질을 가진 ‘대중’, ‘군중’과도 다르고 전통적 ‘노동계급’ 개념과도 차이”가 있다.

그렇다면 다중이란 무엇인가. 네그리는, 예컨대 이주노동자나 소수인종·민족, 동성애자 등 소위 철학에서 말하는 정체성(identity)으로 다중을 설명하는 것을 극력 회피하기 때문에 독자는 다중을 이해하는데 애를 먹는다. 예컨대, 책에선 다중을 “우리는 우리가 경험하고 있는 사회적 살, 하나의 신체가 아닌 살, 공통적인 살, 살아있는 실체임을 알 수 있다”라고 설명하는 식이다.

이 점이 사실은 네그리의 장점이자 고유성이라고 할 수 있다. 다중이 특정한 주체성으로 명명되는 순간 그것은 자본주의의 틀속에 묶여버린다. 곧 그 질서를 보존하는 가운데 헤게모니를 장악하려는, 단순한 지위상승 운동에 멈춰버린다. 이는 역사적으로도 노동운동과 페미니즘 운동 등의 경험에서 증명됐다. 특정한 정체성에는 가능성과 한계가 동시에 있는 것이다.

역자 조정환의 도움을 받자면, “한마디로 ‘다중’은 우리 시대를 살아나가고 있는 아주 ‘특이하고(좌표상에 표시할 수 없는)’ ‘(막연하지 않은)다양한’ 삶(life)을 지칭한다”는 것이다.

“‘민중’은 하나이다. 이와는 달리 다중은 다수이다.(…)다양한 문화들,인종들, 민족들, 성별들, 성적 지향들, 다양한 노동형식들, 다양한 삶의 방식들, 다양한 세계관들 그리고 다양한 욕구들. 다중은 이 모든 특이한 차이들의 다양체(multiplicity)이다.”

중요한 것은 다중은 그 ‘다양체’의 특이성(singularity)과 차이(difference)에서 변혁의 힘이 발휘된다. 개개의 힘들을 하나의 정체성과 동일성에 모으는 일사분란한 군대식의 힘은 ‘동일한’ 세상을 만들 뿐이다. 이 점에서 네그리의 저작은 차이의 철학자인 들뢰즈 사상을 정치적 장에 적용시킨 것이다. 곧 그 ‘괴물적인’ 특이성과 다양한 차이야말로 자본주의가 전면적으로 쳐놓은 그물망에 포획되지 않고 가로지르며 제국에 균열을 만드는 위협이 된다.

또 하나 중요한 것은 다중은 ‘생리적으로’ 네트워크를 만들어 소통하고 함께 활동하며 공통된 것(the common)을 찾고 생산한다는 점이다. 그것은 평등하고 자유로운 삶과 세상을 추구하는 다중의 본원적 욕망과 연결되며, 제국이 네트워크화될수록 더 창조적이고 자주적인 방식으로 인종, 민족, 지역, 성별을 넘어서는 지구적 연대와 민주주의의 가능성을 열어간다는 것이다.

다중은 ‘경제적’ 측면에서 종래의 노동생산을 넘어 사회관계, 소통, 삶양식까지를 모두 생산하는 주체이고, 또한 ‘네트워크’ 측면에서 웹을 통한 연결과 본래의 개방성으로 언제나 제국을 위협할 잠재력이 있기 때문이라는 것이다.

‘다중’이 번역되면서 인문·사회학적인 많은 논쟁들이 이어질 것으로 보인다. 이 책을 통해 우리는 가장 앞선 좌파이론들이 소위 세계화 시대의 ‘질서’를 어떻게 분석하고 다른 실천을 모색하고 있는지를 들여다 볼 수 있다.

엄주엽기자 ejyeob@munhwa.com

기사 게재 일자 2008-02-29

Vacarme 10 / entretien Giorgio Agamben

une biopolitique mineure

entretien avec Giorgio Agamben

http://www.vacarme.eu.org/article255.html

entretien réalisé par Stany Grelet & Mathieu Potte-Bonneville

Giorgio Agamben est philosophe. Il a notamment théorisé, dans la lignée de Foucault, la « biopolitique ». Une structure de pouvoir très ancienne, dont il fait remonter la généalogie à l’Antiquité occidentale et qui n’a cessé de s’épandre depuis, jusqu’à devenir la forme dominante de la politique dans les États modernes : un « état d’exception devenu la règle ». L’objet propre de la biopolitique, c’est la « vie nue » (zôè), qui désignait chez les Grecs « le simple fait de vivre », commun à tous les êtres vivants (animaux, hommes ou dieux), distincte de la « vie qualifiée » (bios) qui indiquait « la forme ou la façon de vivre propre à un individu ou un groupe ». L’objet de la souveraineté, selon Giorgio Agamben, c’est non pas la vie qualifiée du citoyen, bavard et bardé de droits, mais la vie nue et réduite au silence des réfugiés, des déportés ou des bannis : celle d’un « homo sacer » exposé sans médiation à l’exercice, sur son corps biologique, d’une force de correction, d’enfermement ou de mort. Au modèle de la cité, censé régir la politique occidentale depuis toujours, il oppose celui du camp, « nomos de la modernité », paradigme de cette « politisation de la vie nue » qui est devenu l’ordinaire du pouvoir. La structure de la politique occidentale, nous dit-il, ça n’est pas la parole, c’est le ban [1].

Cette thèse a une actualité évidente. Les mesures de santé publique, de mise au travail, de contrôle de l’immigration ou la prohibition des drogues révèlent la nature éminemment biopolitique des politiques publiques contemporaines. Elles s’appliquent précisément à des vies nues prises dans les catégories et les dispositifs d’un pouvoir qui les traitent comme telles - vies exposées et administrées. On pense immédiatement aux sans-papiers, bien sûr, objets de camps très littéraux, très réels. Mais aussi aux usagers de drogues, enjoints au soin ou incarcérés ; aux chômeurs, enjoints au travail ou condamnés à la misère d’un welfare de plus en plus chiche ; ou bien d’autres. Ça n’est sans doute pas un hasard si les récents débats sur le PACS ont vu la prolifération de métaphores animalières. Au Parlement même, cœur théorique des cités parlementaires, le bios cède le pas à la zôè dès qu’on légifère sur des vies.

Mais Giorgio Agamben ne s’en tient pas à un diagnostic conceptuel. À plusieurs reprises, il appelle et annonce, d’une manière assez prophétique, une « autre politique » [2]. Celle-ci se déploiera nécessairement au lieu même où s’exerce la souveraineté moderne, parce qu’on n’y échappe pas. Celle-ci, pour être « autre », devra sinon s’en abstraire, du moins l’affronter, ou le subvertir. Or il se pourrait bien que les groupes les plus exposés au biopouvoir soient en train, depuis l’expérience qu’ils en font et les résistances qu’ils lui opposent, d’inventer l’alternative que Giorgio Agamben appelle de ses vœux. Pris dans les appareils du biopouvoir, sans véritable opportunité d’en sortir (comme échapper au pouvoir médical lorsqu’on est atteint par le VIH, à l’administration du welfare lorsqu’on n’a pas de revenus, aux guichets des préfectures, aux centres de rétention ou aux zones d’attente lorsqu’on n’a pas de papiers, etc. ?), ces groupes inventent une biopolitique mineure, en contrepoint de celle de l’adversaire. En revendiquant de quoi vivre : des traitements anti-rétroviraux, un revenu minimum garanti, des drogues légales et sûres, etc. En affrontant le pouvoir là où il s’exerce : au guichet des administrations, dans les bureaucraties sanitaires, dans les tribunaux ordinaires, etc. En cherchant, en quelque sorte, le bios de leur zôè.

Si nous avons souhaité vous rencontrer, c’est en particulier pour vous interroger sur « l’autre versant », si l’on peut dire, de la biopolitique dont vous parlez. Un certain nombre de mouvements - ceux, précisément, dont nous sommes issus ou dont nous sommes proches : celui des sans-papiers, celui des précaires, celui des malades du sida ou celui, émergent, des usagers de drogues - se déploient exactement dans le lieu politique que vous avez identifié : dans cette zone d’indictinction « entre public et privé, corps biologique et corps politique, zôè et bios », dans cet « état d’exception qui est devenu la règle ». Or de ces mouvements vous parlez peu, ou indirectement. Ils rôdent entre vos lignes, mais plutôt comme objets (des camps, du welfare ou du pouvoir médical) que comme sujets. Vous analysez avec précision la biopolitique majeure, celle de l’ennemi, dont vous tracez minutieusement la généalogie, dont le foyer, dites-vous, serait cet « homo sacer », vie nue exposée au pouvoir souverain, et dont vous examinez attentivement les dispositifs, comme le camp ; mais vous délaissez les biopolitiques de riposte ou de réappropriation, les biopolitiques mineures, « notre » biopolitique, pour ainsi dire : celle d’AC !, des collectifs de sans-papiers ou d’Act Up. Vous en pensez pourtant la possibilité, et la nécessité : « C’est », dites-vous, « à partir de ce terrain incertain, de zone opaque d’indifférenciation, que nous devons aujourd’hui retrouver le chemin d’une autre politique, d’un autre corps, d’une autre parole. Je ne saurais renoncer sous aucun prétexte à cette indistinction entre public et privé, corps biologique et corps politique, zôè et bios. C’est là que je dois retrouver mon espace - là, ou en nul autre lieu. Seule une politique partant de cette conscience peut m’intéresser. » Mais vous n’explorez pas les formes concrètes de lutte qui pratiquent, précisément, la politique depuis cette conscience - et cette expérience - de l’état d’exception. Or n’y a-t-il pas là, justement, lorsque des chômeurs réclament un revenu garanti, lorsque des malades du sida exigent des traitements, ou lorsque des usagers de drogue revendiquent des drogues sûres, l’embryon de cette autre biopolitique que vous appelez de vos vœux ?

Dans un sens, il faudrait plutôt renverser la question. C’est plutôt des acteurs en question qu’il faudrait attendre une réponse. Cela dit, si les mouvements et les sujets dont vous parlez « rôdent entre mes lignes plutôt comme objets que comme sujets », c’est que je vois là un problème majeur : la question du sujet, précisément, que je ne peux concevoir qu’en terme de processus de subjectivation et de désubjectivation - ou plutôt comme un écart ou un reste entre ces processus. Qui est le sujet de cette nouvelle biopolitique, ou plutôt de cette biopolitique mineure dont vous parlez ? C’est un problème toujours essentiel dans la politique classique, lorsqu’il s’agit de trouver qui est le sujet révolutionnaire, par exemple. Il y a des gens qui continuent de poser ce problème dans le sens ancien du terme : celui de la classe, du prolétariat. Ce ne sont pas des problèmes obsolètes, mais dès qu’on se pose sur le nouveau terrain dont on parle, celui du biopouvoir, de la biopolitique, le problème est autrement difficile. Parce que l’État moderne fonctionne, me semble-t-il, comme une espèce de machine à désubjectiver, c’est-à-dire comme une machine qui brouille toutes les identités classiques et, dans le même temps, Foucault le montre bien, comme une machine à recoder, juridiquement notamment, les identités dissoutes : il y a toujours une resubjectivation, une réidentification de ces sujets détruits, de ces sujets vidés de toute identité. Aujourd’hui, il me semble que le terrain politique est une espèce de champ de bataille où se déroulent ces deux processus : en même temps destruction de tout ce qui était identité traditionnelle - je le dis sans aucune nostalgie bien sûr - et resubjectivation immédiate par l’État ; et pas seulement par l’État, mais aussi par les sujets eux-mêmes. C’est ce que vous évoquiez dans votre question : le conflit décisif se joue désormais, pour chacun de ses protagonistes, y compris les nouveaux sujets dont vous parlez, sur le terrain de ce que j’appelle la zôè, la vie biologique. Et en effet il n’en est pas d’autre : il n’est pas question, je crois, de revenir à l’opposition politique classique qui sépare clairement privé et public, corps politique et corps privé, etc. Mais ce terrain est aussi celui qui nous expose aux processus d’assujettissement du biopouvoir. Il y a donc là une ambiguïté, un risque. C’est ce que montrait Foucault : le risque est qu’on se réidentifie, qu’on investisse cette situation d’une nouvelle identité, qu’on produise un sujet nouveau, soit, mais assujetti à l’État, et qu’on reconduise dès lors, malgré soi, ce processus infini de subjectivation et d’assujettissement qui définit justement le biopouvoir. Je crois qu’on ne peut pas échapper au problème.

S’agit-il là d’un risque ou d’une aporie ? Toute subjectivation est-elle fatalement un assujettissement, ou peut-on dégager quelque chose comme une maxime, une recette de subjectivation, qui permettrait d’échapper à l’assujettissement ?

Dans les derniers travaux de Foucault, il y a une aporie qui me semble très intéressante. Il y a d’une part tout le travail sur le « souci de soi » : il faut se soucier de soi, dans toutes les formes de pratique de soi. Et en même temps, à plusieurs reprises, il énonce le thème apparemment opposé : il faut se déprendre de soi. Il dit plusieurs fois : « On est fini dans la vie si l’on s’interroge sur son identité ; l’art de vivre, c’est détruire l’identité, détruire la psychologie. » Donc il y a bien ici une aporie : un souci de soi qui doit aboutir à une déprise de soi. Une manière dont on pourrait poser la question, c’est : qu’est-ce que c’est qu’une pratique de soi, non pas comme processus de subjectivation, mais qui n’aboutirait au contraire qu’à une déprise, qui trouverait son identité uniquement dans une déprise de soi ? Il faudrait pour ainsi dire se tenir en même temps dans ce double mouvement, désubjectivation et subjectivation. Évidemment, c’est un terrain difficile à tenir. Il s’agit vraiment d’identifier cette zone, ce no man’s land qui serait entre un processus de subjectivation et un processus contraire de désubjectivation, entre l’identité et une non-identité. Il faudrait identifier ce terrain, parce que c’est ce terrain qui serait celui d’une nouvelle biopolitique. C’est précisément ce qui fait, à mes yeux, l’intérêt d’un mouvement comme celui des malades du sida. Pourquoi ? Parce qu’il me semble que là, on ne s’identifie que sur le seuil d’une désubjectivation absolue, qui parfois peut être même le risque de la mort. Il me semble qu’on se tient là dans ce seuil. J’ai essayé un peu dans le livre sur Auschwitz, à propos du témoignage, de voir le témoin comme modèle d’une subjectivité qui ne serait que le sujet de sa propre désubjectivation. Le témoin ne témoigne de rien d’autre que de sa propre désubjectivation. Le rescapé témoigne uniquement pour les Musulmans [3]. Ce qui m’intéressait dans la dernière partie de ce livre, c’était vraiment d’identifier un modèle du sujet comme ce qui reste entre une subjectivation et une désubjectivation, une parole et un mutisme. Ce n’est pas un espace substantiel, c’est plutôt un écart entre deux processus. Mais là ce n’est qu’un début. On touche à peine ici à une nouvelle structure de la subjectivité, mais c’est très compliqué, c’est tout un travail à faire. Il faudrait vraiment... C’est une pratique, pas un principe. Je crois qu’on ne peut pas avoir de principes généraux, sauf être attentif à ne pas retomber dans un processus de re-subjectivation qui serait en même temps un assujettissement, c’est-à-dire n’être un sujet que dans la mesure d’une stratégie ou d’une tactique. C’est pour cela qu’il est très important de voir dans la pratique que chacun ou que les mouvements ont d’eux-mêmes comment se dessinent ces zones possibles. Et ça peut être partout, en travaillant à partir de cette notion de souci de soi chez Foucault, mais en la déplaçant dans d’autres domaines : toute pratique de soi qu’on peut avoir, même cette mystique quotidienne qu’est l’intimité, toutes ces zones où l’on côtoie une zone de non-connaissance ou une zone de désubjectivation, que ce soit la vie sexuelle ou n’importe quel aspect de la vie corporelle. Là on a toujours des figures où un sujet assiste à sa débâcle, côtoie sa désubjectivation, tout cela, ce sont des zones quotidiennes, une mystique quotidienne très banale. Il faut être attentif à tout ce qui nous donnerait une zone de ce genre. C’est encore très vague, mais c’est cela qui donnerait le paradigme d’une biopolitique mineure.

Vous présentez l’identité comme un risque, une erreur du sujet. N’y a-t-il pas, néanmoins, une épaisseur matérielle des identités, ne serait-ce que dans la mesure où l’adversaire nous assigne à elles, que ce soit par la loi (pensez aux lois sur l’immigration) ou par l’insulte (pensez aux injures homophobes), qui les rend pour ainsi dire objectives ? En d’autres termes, quelle marge de désubjectivation nos conditions sociales nous laissent-elles ?

Je travaille en ce moment sur les lettres de Paul. Paul pose le problème : « Qu’est-ce que la vie messianique ? Qu’allons-nous faire maintenant que nous sommes dans le temps messianique ? Qu’allons-nous faire par rapport à l’État ? » Et là il y a ce double mouvement qui a toujours fait problème, qui me semble très intéressant. Paul dit en même temps : « Reste dans la condition sociale, juridique ou identitaire, dans laquelle tu te trouves. Tu es esclave ? Reste esclave. Tu es médecin ? Reste médecin. Tu es femme, tu es marié ? Reste dans la vocation dans laquelle tu as été appelé. » Mais en même temps, il dit : « Tu es esclave ? Ne t’en soucie pas, mais fais-en usage, profites-en. » C’est-à-dire qu’il n’est pas question que tu changes de statut juridique, ou que tu changes ta vie, mais fais-en usage. Il précise ensuite ce qu’il veut dire par cette image très belle : « comme si non », ou « comme non ». C’est-à-dire : « Tu pleures ? Comme si tu ne pleurais pas. Tu te réjouis ? Comme si tu ne te réjouissais pas. Es-tu marié ? Comme non-marié. As-tu acheté une chose ? Comme non-achetée, etc. » Il y a ce thème du « comme non ». Ce n’est même pas « comme si », c’est « comme non ». Littéralement, c’est : « Pleurant, comme non pleurant ; marié, comme non marié ; esclave, comme non esclave. » C’est très intéressant, parce qu’on dirait qu’il appelle usages des conduites de vie qui, en même temps, ne se heurtent pas frontalement au pouvoir - reste dans ta condition juridique, dans ta vocation sociale - mais les transforment complètement dans cette forme du « comme non ». Il me semble que la notion d’usage, en ce sens, est très intéressante : c’est une pratique dont on ne peut pas assigner le sujet. Tu restes esclave, mais, puisque tu en fais usage, sur le mode du comme non, tu n’es plus esclave.

Comment un tel usage pourrait-il être proprement politique, ou sous conditions politiques ? Parce qu’il serait possible d’y voir une conversion de pensée strictement individuelle ou éthique, ou même religieuse, en tout cas singulière et « privée », disons, avec les guillemets. Quelle relation cette conversion vis-à-vis de son propre statut, qui permet de ne plus être un sujet, entretient-elle avec la politique ? En quoi est-ce que ça nécessite de la communauté, de la lutte, du conflit, etc. ?

Bien sûr, on considère parfois ce thème chez Paul comme relevant de l’intériorisation. Mais je ne crois pas du tout qu’il s’agisse de cela. Son problème, c’est au contraire celui de la vie de la communauté messianique à laquelle il s’adresse. Par exemple, ce thème de l’usage, on le voit ressortir sous une forme très forte - une critique du droit - dans le mouvement franciscain, où le problème est celui de la propriété : ces ordres qui pratiquent la pauvreté extrême refusent toute propriété, et en même temps ils doivent faire usage de certains biens. Il y a à cette occasion un conflit très fort avec l’Église, dans le sens où l’Église veut bien admettre qu’ils refusent un droit de propriété qu’il soit un droit de propriété de l’individu, ou un droit de propriété de l’ordre - parce qu’ils le refusent même en temps qu’ordre -, mais elle voudrait qu’ils classifient leur conduite de vie comme droit d’usage. C’est quelque chose qui existe encore : l’usufructus, le droit d’user, en tant que séparé du droit de propriété. Eux insistent au contraire, et c’est là le conflit : ils disent : « Non, ce n’est pas un droit d’usage, c’est de l’usage sans droit. » Ils appellent cela usus pauper, l’usage pauvre. C’est vraiment l’idée d’ouvrir une zone de vie communautaire qui fait usage, mais qui n’a pas de droit, et n’en revendique pas. D’ailleurs, les Franciscains ne critiquent pas la propriété, ils en laissent tous les droits à l’Église : « La propriété ? Nous n’en voulons pas. Nous nous en servons. » On peut donc dire que ce problème est purement politique, ou du moins communautaire.

Néanmoins, est-ce être absolument un hasard si les références que vous convoquez pour penser cette alternative appartiennent à la sphère religieuse ? Par moment, à vous lire, il y a dans la désignation de cette autre politique, ou de cette autre statut du politique, quelque chose comme un ton prophétique. Vous écrivez par exemple : « C’est pourquoi, si l’on nous permet d’avancer une prophétie sur la politique qui s’annonce, celle-ci ne sera plus un combat pour le contrôle ou la conquête de l’État par de nouveaux ou d’anciens sujets sociaux, mais une lutte entre l’État et le non-État (l’humanité), disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l’organisation étatique. » Quelle place accordez-vous à ces références et à ce ton-là dans votre travail ?

Ce qui m’intéresse dans les textes de Paul, ce n’est pas tellement le domaine de la religion, mais ce domaine ponctuel qui a affaire avec le religieux mais qui ne coïncide pas avec lui, qui est le messianique, c’est-à-dire un domaine très proche du politique. Là, c’est plutôt un autre auteur qui a été décisif pour moi, qui n’est pas du tout religieux : c’est Walter Benjamin, qui pense le messianique comme paradigme du politique, ou disons du temps historique. C’est plutôt cela dont il est question pour moi. Et je pense en effet que la manière dont, dans la première Thèse sur le concept d’histoire, Benjamin introduit la théologie en tant qu’entité qui, même cachée, doit aider le matérialisme historique à remporter la partie contre ses ennemis, reste un geste très légitime et très actuel, qui nous donne, justement, les moyens de penser autrement le temps et le sujet. Alors vous parliez du prophète... Ces jours-ci, j’étais en train d’écouter les cours enregistrés de Foucault, notamment celui où il distingue quatre figures de la véridiction dans notre culture : le prophète, le sage, le technicien, et puis celui qu’il appelle le parrèsiastès, celui qui a le courage de dire la vérité. Le prophète parle au futur, et non pas en son nom, mais au nom de quelque chose d’autre. Le parrèsiastès, au contraire, avec lequel Foucault s’identifie sans doute, parle en son nom, et doit dire ce qui est vrai maintenant, aujourd’hui. Bien sûr, il dit que ce ne sont pas des figures séparées. Mais moi je revendiquerais plutôt la figure du parrèsiastès que celle du prophète. Bon, le prophète, c’est évidemment très important, et c’est même une catastrophe qu’il ait quitté notre culture : la figure du prophète, c’était celle du leader politique jusqu’à il y a cinquante ans ; il a complètement disparu. Mais en même temps, il me semble qu’on ne peut plus penser un discours qui s’adresse au futur. Il faut penser l’actualité messianique, le kairos, le temps de maintenant. Cela dit, c’est un modèle de temps très compliqué, parce que ce n’est ni le temps à venir - l’eschatologie future, l’éternel -, ni exactement le temps historique, le temps profane, c’est un morceau de temps prélevé sur le temps profane qui, du coup, se transforme. Benjamin écrit quelque part que Marx a sécularisé le temps messianique dans la société sans classes. C’est tout à fait vrai. Mais en même temps avec toutes les apories que cela engendre - les transitions, etc. - c’est une espèce d’écueil sur lequel la Révolution a échoué. On ne dispose pas d’un modèle de temps qui permette de penser cela. En tout cas, je crois que le messianique est toujours profane, jamais religieux. C’est même la crise ultime du religieux, le rabattement du religieux dans le profane. À ce propos, je pense à une revue qui vient d’être publiée en France, par des jeunes gens que je connais, qui s’appelle Tiqqun [4]. Là, c’est vraiment une revue messianique, parce que Tiqqun, dans la cabale de Luria, c’est justement le terme de la rédemption messianique, de la restauration messianique. Ça m’intéresse, parce que c’est une revue extrêmement critique, très politique, qui prend un ton très messianique, mais toujours de manière complètement profane. Ainsi ils appellent Bloom les nouveaux sujets anonymes, les singularités quelconques, évidées, prêtes à tout, qui peuvent se diffuser partout, mais restent insaisissables, sans identité mais réidentifiables à chaque moment. Le problème qu’ils se posent, c’est : « Comment transformer ce Bloom, comment ce Bloom va-t-il opérer le saut au-delà de lui-même ? »

C’est là, peut-être, que nous avons du mal à vous suivre. Non pas sur la posture messianique, mais sur les « singularités quelconques ». Comment dire ? À vous entendre, la biopolitique nouvelle, cette politique qui s’annonce, relève davantage de la fuite ou de la sortie que de la résistance ou du conflit. D’un côté vous identifiez très clairement un ennemi, un adversaire, très massif, très consistant, très cohérent, dont on peut tracer des généalogies longues, dont on peut repérer des dispositifs récurrents, etc. De l’autre, face à la consistance de cet adversaire, tout se passe comme si vous plaidiez pour une sorte de politique de l’inconsistance, de la dissolution, de l’esquive : plutôt que fabriquer des sujets collectifs, il faudrait apprendre à se « déprendre » de soi ; plutôt que revendiquer des droits, il faudrait imaginer des « usages sans droit » ; plutôt qu’affronter l’État, il faudrait s’assumer comme un « non-État », etc. Or a-t-on toujours la latitude de fuir ? Il nous semble que la puissance des appareils biopolitiques (pensez aux politiques de santé publique, à l’administration du welfare, au contrôle de l’immigration, etc) tient précisément à leur force, terrible, de capture. Pour dire ça brutalement, pardonnez-nous, il se pourrait bien que la désubjectivation soit un luxe, dont la possibilité ne s’offre précisément qu’à ceux qui échappent aux appareils du biopouvoir. Comment se déprendre de soi, esquiver la resubjectivation, être un non-État, etc. lorsqu’on est « séropositif », « RMIste » ou « toxicomane », c’est-à-dire pris, littéralement, dans les catégories et les dispositifs du biopouvoir ? N’est-on pas, bien souvent, contraint d’agir comme tels plutôt que comme non, pour reprendre vos termes ? Bref, on peut avoir le sentiment que vous plaidez pour la mobilité et l’esquive, là où la puissance de capture et l’épaisseur matérielle de l’ennemi ne nous laissent pas d’autre choix que de l’affronter.

Je vois bien le problème. Je crois que tout dépend de ce qu’on entend par fuite. C’est un motif que l’on trouve chez Deleuze : la « ligne de fuite », l’éloge de la fuite. Mais vous avez raison de protester. La notion de fuite, ce n’est pas qu’il y ait un ailleurs où on puisse aller. Non, c’est une fuite très particulière. C’est une fuite qui n’a pas d’ailleurs. Où serait l’ailleurs où l’on pourrait s’enfuir ? Dans certains cas, quand le mur de Berlin était debout, par exemple, il y avait des fuites évidentes parce qu’il y avait un mur (mais est-ce qu’il y avait un ailleurs ?). Pour moi, il s’agirait de penser une fuite qui n’implique pas une évasion : un mouvement dans la situation où il a lieu. C’est uniquement en tant que telle que la fuite pourrait avoir une signification politique. Et puis il y a un autre problème qui me semble toucher à la question que vous avez posée. C’est le problème qu’on trouve chez Marx quand il fait la critique de Stirner. Dans l’Idéologie allemande, il consacre plus de cent pages au théoricien de l’anarchie, dont il récuse la distinction entre révolte et révolution. Stirner théorise la révolte en tant qu’acte personnel de soustraction, égoïste. Pour Stirner, la révolution, c’est un acte politique qui vise le conflit contre une institution, alors que la révolte, c’est un acte individuel qui ne vise pas à détruire les institutions. Il suffit tout simplement de laisser l’État être, et ne plus l’affronter : il va se détruire lui-même. Il suffit donc de se soustraire - une fuite. Marx critique très fortement ce motif, mais le fait qu’il lui consacre cent pages montre bien que c’est un problème sérieux. À cette opposition révolte/révolution, il oppose une sorte d’unité entre la révolte et la révolution. Il n’oppose pas un concept politique à un concept anarchico-individuel, il cherche l’unité des deux : ce sera toujours pour des raisons égoïstes, pour ainsi dire de révolte, qu’un prolétaire fera un acte directement politique. Là, même si cela pose d’autres problèmes, j’aurais tendance à penser comme Marx : une espèce d’unité des deux gestes, ou bien d’entre-deux, disons. J’aurais tendance à penser non pas une coupe qui isole la fuite de la révolution, comme on a tendance à le faire, mais que tout acte émanant du besoin singulier d’un individu, le prolétaire, qui n’a aucune identité, aucune substance, sera aussi, quand même, un acte politique. Je crois qu’il ne faut pas opposer action politique et fuite, révolte et révolution, mais essayer de penser l’entre-deux. Mais cela fait problème pour Marx aussi. C’est tout le problème de la classe. La classe n’a pas de conscience, le prolétariat existe en tant que sujet, mais il n’a pas de conscience. D’où le problème léniniste du parti : il faudra quelque chose qui ne soit pas différent de la classe, qui ne soit pas autre chose que la classe, mais qui sera pour ainsi dire l’organe de sa conscience. C’est une aporie, là aussi. Je ne dis pas qu’il y a une solution à ce problème, entre les lignes de fuite qui seraient un geste de révolte, et une ligne purement politique. Ni le modèle parti, ni le modèle d’action sans parti : il y a besoin d’inventer. Parce qu’après on tombe dans le problème de l’organisation politique, du parti-classe, qui va produire un « nous » : le parti est celui qui veille à ce que toute action soit politique et pas personnelle, pas individuelle ; la classe, au contraire, est l’organe d’une infinie production d’actes non politiques, mais de révoltes individuelles. Mais le problème est réel.

C’est d’ailleurs un problème qui se pose, en pratique, à tous ceux qui cherchent à produire du collectif - et à l’occasion du « nous » - en dehors de ces machines à agréger que sont les partis politiques, et sans le secours d’un principe général supérieur, que ce soit la République, la Classe ou l’Homme. Si vacarme se sent proche des associations de malades, de chômeurs ou de précaires, c’est précisément parce qu’elles inventent quelque chose comme une politique à la première personne, dans des formes d’organisation nouvelles, où les distinctions entre le social et le politique, la classe et sa conscience, le singulier et l’universel, etc. s’effacent, et où la signification politique des actes est immanente aux actes eux-mêmes.

Oui. Il faut inventer une pratique qui briserait la coque de ces représentations. Sûrement pas un sujet substantiel à identifier, mais autre chose, qu’il me semble avoir trouvé chez Paul, pour revenir au travail en cours. Paul a affaire avec la loi juive qui partage les hommes en Juifs et non-Juifs, Juifs et Goyim. Qu’est-ce qu’il va faire avec cette division ? On présente souvent Paul comme si c’était le mentor de l’universalisme, quelqu’un qui aurait opposé à ces divisions-là juif/non-juif un nouveau principe universel, père de l’Église catholique, c’est-à-dire universelle. Or quand on regarde son travail de près, c’est exactement le contraire. Face à cette division imposée par la loi (il considère au fond la loi comme ce qui divise, ce qui partage, juif/non-juif, mais aussi citoyen/non-citoyen, etc.), au lieu d’opposer comme on aurait tendance, nous, au temps des droits de l’homme, un principe universel contre le partage ethnique, il fait une chose très subtile : il divise la division même. La loi divise en Juifs et non-Juifs ? Eh bien moi je vais couper cette division par une autre coupe. Il y en a plusieurs, par exemple juif selon la chair et juif selon l’esprit, le souffle. Cette coupe chair/souffle va diviser la division exhaustive qui partageait l’humanité entre Juifs et non-Juifs. Ce nouveau partage va produire des Juifs qui ne sont pas juifs, parce que ce sont des Juifs qui sont juifs selon la chair, et non selon l’esprit, et des Goïm qui sont goïm selon la chair, mais pas goïm selon l’esprit. C’est-à-dire qu’il va produire un reste. Paul introduit un reste dans cette division Juif/non-Juif. C’est une espèce de coupe qui coupe la ligne même. Donc, au fond, c’est beaucoup plus intéressant : il n’oppose pas un universel, il met en échec la division de la loi, il introduit un reste. Parce que le Juif selon l’esprit, il n’est pas non-juif, il est aussi juif, mais on pourrait dire que c’est une espèce de non-non-Juif. Partout, Paul travaille comme cela : il divise la division au lieu de proposer un principe universel. Et ce qui reste, c’est le sujet nouveau, mais indéfinissable, toujours en reste parce qu’il peut être de tous les côtés, du côté des non-Juifs, du côté des Juifs. Il y a là quelque chose de précieux pour se représenter aujourd’hui une notion de peuple, et peut-être aussi pour penser ce que Deleuze disait quand il parlait de peuple mineur, du peuple en tant que minoritaire. C’est moins un problème de minorités, qu’une présentation du peuple comme étant toujours en reste par rapport à une division, quelque chose qui reste ou résiste à une division - pas comme une substance, mais comme un écart. Il s’agirait de procéder plutôt comme cela, par division de la division, plutôt qu’en se demandant : « Quel serait le principe universel communautaire qui pourrait nous permettre de nous retrouver ensemble ? » Au contraire. Il s’agit, face aux divisions que la loi introduit, aux coupes que la loi fait continuellement, de travailler ce qui fait échec en résistant, en restant - résister, rester, c’est la même racine.

C’est exactement ce qui s’est passé en France autour des sans-papiers. La loi définissait des critères, et tout le travail a consisté non pas à invoquer un principe d’hospitalité général, mais à montrer que tous les critères produisaient des situations qui ne correspondaient plus à aucun : des gens inexpulsables et irrégularisables, etc. Finalement, la stratégie des associations a consisté à montrer que l’on pouvait démultiplier les critères de façon telle que personne ne correspond exactement à l’alternative entre clandestin et régulier. Il y a une ligne de repère qui ressort de ça.

C’est ce qui m’a frappé chez Paul. C’est ce qu’on trouve dans la Bible, dans la figure du prophète : le prophète parle toujours d’un reste d’Israël. C’est-à-dire qu’il s’adresse à Israël comme à un tout, mais lui annonce que « seul un reste sera sauvé ». C’est ce qui se joue chez Isaïe, chez Amos, dans le discours prophétique. On dirait là que ce n’est pas une portion numérique, mais la figure que tout peuple doit prendre dans l’instant décisif - en l’occurrence, le salut ou l’élection, mais cela peut être n’importe quoi d’autre. Le peuple doit se produire en reste, prendre la figure de ce reste. Il faut toujours le voir dans une situation déterminée : qu’est-ce qui, dans une telle situation, se poserait en tant que reste ? Cela ne correspond pas à la distinction majorité/minorité. C’est autre chose. Tout peuple prend cette figure si l’instant est vraiment décisif.

Cela dit, quelle place reste-t-il aux « situations déterminées » et aux « instants décisifs », justement, dans une critique de l’époque aussi radicale que la vôtre ? À vous lire, vous penchez davantage du côté de l’aporie, de l’impasse et de l’échec - notamment dans la manière dont vous renvoyez dos à dos, là encore à partir de Debord, les figures du totalitarisme et de la démocratie - que du côté de l’opportunité, du coup, du kairos, comme vous dites. Dans vos livres, vous évoquiez notamment une « expérience de l’impuissance absolue », et « la solitude et le mutisme là où nous nous attendions à la communauté et au langage ». À quoi pensiez-vous ?

On m’a souvent reproché, ou du moins attribué, ce pessimisme dont peut-être je ne me rends pas compte. Mais moi je ne le vois pas comme cela. Il y a une phrase de Marx que Debord cite aussi, que j’aime bien, c’est : « La situation désespérée de la société dans laquelle je vis me remplit d’espoir. » Je partage cette vision : l’espoir est donné pour les désespérés. Je ne me vois pas si pessimiste. Non, pour répondre à votre question, je pensais à l’horrible situation politique des années 1980. Je pense aussi à la guerre du Golfe et aux guerres qui ont suivi, en Yougoslavie notamment. Disons que la nouvelle figure de la domination se dessine maintenant assez bien. C’est au fond la première fois qu’on voit aussi nettement en œuvre le modèle spectaculaire. Pas seulement dans les médias : il est pour ainsi dire mis en œuvre politiquement. Simone Weil dit quelque part que c’est une faute de considérer la guerre comme un fait qui concerne la politique extérieure - il faut la considérer aussi comme un fait de politique interne. Or il me semble que, dans ces guerres-là, on a précisément une absolue indétermination, une absolue indiscernabilité entre politique interne et politique extérieure. Maintenant, ces choses sont devenues triviales. On les trouve dans la bouche des experts : la politique extérieure et la politique intérieure, c’est la même chose. Mais j’insiste : il n’y a là aucun pessimisme psychologique ou personnel. C’est d’ailleurs une autre manière de poser le problème du sujet. C’est au fond ce que j’aime beaucoup chez Simondon : on peut penser qu’il pense l’individuation, toujours, comme coexistence entre une principe individuel et personnel et un principe impersonnel, non-individuel. C’est-à-dire qu’une vie est toujours faite de deux phases en même temps, personnelle et impersonnelle. Elles sont toujours en rapport, même si elles sont nettement séparées. Je crois qu’on pourrait appeler l’impersonnel l’ordre de la puissance impersonnelle avec laquelle toute vie est en rapport. Et on pourrait appeler désubjectivation cette expérience qu’on fait tous les jours de côtoyer une puissance impersonnelle, quelque chose qui en même temps nous dépasse et nous fait vivre. Voilà, il me semble que la question de l’art de vivre, ce serait : comment être en rapport avec cette puissance impersonnelle ? Comment le sujet saura être en rapport avec sa puissance, qui ne lui appartient pas, qui le dépasse ? C’est un problème poétique, pour ainsi dire. Les Romains appelaient cela le génie, principe impersonnel fécond, qui permet d’engendrer une vie. Là aussi, c’est un modèle possible. Le sujet ne serait ni le sujet conscient, ni la puissance impersonnelle, mais ce qui se tient entre les deux. La désubjectivation n’a pas seulement un aspect sombre, obscur. Elle n’est pas simplement la destruction de toute subjectivité. Il y aussi cet autre pôle, plus fécond et poétique, où le sujet n’est que le sujet de sa propre désubjectivation. Permettez-moi, donc, de refuser votre accusation : je suis sûr que vous êtes plus pessimistes que moi...

[1] Homo Sacer, le pouvoir souverain et la vie nue, Seuil, 1997 ; Ce qui reste d’Auschwitz, Bibliothèque Rivages, 1999.

[2] La communauté qui vient, théorie de la singularité quelconque, Seuil, 1990 ; Moyens sans fin, notes sur la politique, Bibliothèque Rivages, 1995.

[3] Der Muselmann, le « musulman » désigne, dans l’argot des camps, l’homme-momie, le mort vivant, celui qui a cessé de lutter, qui a perdu toute conscience et toute volonté. Ce terme renvoie probablement « au sens littéral du terme arabe muslim, signifiant celui qui se soumet sans réserve à la volonté divine » (Ce qui reste d’Auschwitz, Bibliothèque Rivages, p. 53). Selon l’Encyclopedia Judaïca, il pourrait provenir « de la posture typique de ces détenus, blottis seuls, les jambes repliées à la manière "orientale", le visage rigide comme un masque. ». Pour Giorgio Agamben (Ibidem, p. 49), le « musulman » est le nom de l’intémoignable : « Le témoin témoigne en principe pour la vérité et la justice, lesquelles donnent à ses paroles leur consistance, leur plénitude. Or le témoignage vaut ici essentiellement pour ce qui lui manque ; il porte en son cœur cet "intémoignable" qui prive les rescapés de toute autorité. Les "vrais" témoins, les "témoins intégraux", sont ceux qui n’ont pas témoigné, et n’auraient pu le faire. Ce sont ceux qui "ont touché le fond", les "musulmans", les engloutis. Les rescapés, pseudo-témoins, parlent à leur place, par délégation - témoignent d’un témoignage manquant. Mais parler de délégation n’a ici guère de sens : les engloutis n’ont rien à dire, aucune instruction ou mémoire à transmettre. Ils n’ont ni "histoire" [...], ni "visage", ni "pensée". Qui se charge de témoigner pour eux sait qu’il devra témoigner de l’impossibité de témoigner. » (Ibidem, p. 41-42).

[4] Tiqqun, revue de métaphysique critique.

publié dans Vacarme 10 hiver 2000

Freetown Christiania

http://en.wikipedia.org/wiki/Freetown_Christiania

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Flag of Christiania
Entrance to Christiania
Entrance to Christiania
Mural in Christiania
Mural in Christiania

Christiania, also known as Freetown Christiania (Danish: Fristaden Christiania) is a partially self-governing neighbourhood of about 850 residents, covering 34 hectares (85 acres) in the borough of Christianshavn in the Danish capital Copenhagen. Christiania has established semi-legal status as an independent community, but has been a source of controversey since its creation in a squatted military area in 1971. Its open cannabis trade was tolerated by authorities until 2004. Since then, measures for normalising the legal status of the community have led to conflicts, and negotiations are ongoing.

Among many Christiania residents, the community is known as staden ('the town'), short of fristaden ('the freetown).

Contents

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[edit] History

[edit] Barracks and ramparts

The area of Christiania consists of the former military barracks of Bådsmandsstræde and parts of the city ramparts. The ramparts and the borough of Christianshavn (then a separate city) were established in 1617 by King Christian IV by reclaiming the low beaches and islets between Copenhagen and Amager. After the the siege of Copenhagen during the harsh wars with Sweden, the ramparts were reinforced during 1682 to 1692 under Christian IV to form a complete defence ring. The western ramparts of Copenhagen were demolished during the 19th century, but those of Christianshavn were allowed to remain. They are today considered among the finest 17th century defence works of the world.[1]

The barracks of Bådsmandsstræde (Bådsmandsstrædes Kaserne) housed the Royal Artillery Regiment, the Army Materiel Command and ammunition laboratories and depots. Less used after World War II, the barracks were abandoned during 1967 to 1971.

The adjacent area to the north, Holmen, was Denmark's main naval base until the 1990s. It is an area in development, home to the Opera and several artistic schools.

[edit] Building and area protection

In 2007, the National Heritage Agency proposed protection status for some of the ancient military buildings, now in Christiania. These are:

  • Den grå hal ('The grey hall'), formerly a riding house with a unique Bohlendach roof construction, now Christiania's largest concert venue)
  • Den grønne hal ('The green hall'), originally a smaller riding house
  • Mælkebøtten ('The dandelion')
  • The Commander's house, a half-timbered building
  • The 17th and 18th century powder magazines on the bastions.

Some of the historic buildings have been altered somewhat after Christiania's takeover.[2]

[edit] Founding of Christiania

After the military had left, the area was only guarded by a few watchmen and there was sporadic trespassing of homeless people to the empty buildings. On 4 September, 1971, inhabitants of the surrounding neighbourhood broke down the fence to take over parts of the area as a playground for their children.

Although the takeover was not necessarily organised in the beginning, some claim this happened as a protest against the Danish government. At the time there was a lack of affordable housing in Copenhagen.

On 26 September, 1971, Christiania was declared open by Jacob Ludvigsen, a well-known provo and journalist who published a magazine called Hovedbladet ('The main paper'), which was intended and successfully distributed towards mostly young people. In the paper, Ludvigsen wrote an article in which he and five others went on exploration into what he termed 'The Forbidden City of the Military'. The article widely announced the proclamation of the free town, and among other things he wrote:

Under the headline Civilians conquered the 'forbidden city' of the military he wrote[3]:

Christiania is the land of the settlers. It is the so far biggest opportunity to build up a society from scratch - while nevertheless still incorporating the remaining constructions. Own electricity plant, a bath-house, a giant athletics building, where all the seekers of peace could have their grand meditation - and yoga center. Halls where theater groups can feel at home. Buildings for the stoners who are too paranoid and weak to participate in the race...Yes for those who feel the beating of the pioneer heart there can be no doubt as to the purpose of Christiania. It ıs the part of the city which has been kept secret to us - but no more.[citation needed]

Ludvigsen was co-author of Christiania's mission statement, dating from 1971, which avers the following:

The objective of Christiania is to create a self-governing society whereby each and every individual holds themselves responsible over the wellbeing of the entire community. Our society is to be economically self-sustaining and, as such, our aspiration is to be steadfast in our conviction that psychological and physical destitution can be averted.

The spirit of Christiania quickly developed into one of the hippie movement, the squatter movement, collectivism and anarchism, in contrast to the site's previous military use.

[edit] The Community

Meditation and yoga have always been popular among the Christianites, and for many years Christiania had their own internationally acclaimed theater group Solvognen, who, beyond their theater performances, also staged many happenings in Copenhagen and even throughout Sweden. Ludvigsen had always talked of the acceptance of drug-addicts who could no longer cope with regular society, and the spirit of that belief has still not diminished, even throughout many problems sprouted due to drug traffic and use (mostly of hard drugs, however, which are illegal in Christiania). These addicts head into and remain in Christiania all the time and are considered just as much a part of the Freetown as the entrepreneurs, and for this reason many Danes have seen Christiania as a successful social experiment. However, for years the legal status of the region has been in a limbo due to different Danish governments attempting to remove the Christianites. Such attempts at removal have all been unsuccessful so far.

The neighbourhood is accessible through many entrances and cars are not allowed (although some Christiania residents own a car, see below). Danish authorities have repeatedly removed the large stones blocking the main entrance claiming they need access to the area for fire trucks and ambulances in the event of a fire or medical emergency, yet the residents respond by placing them back each time as they feel suspicious that the authorities will instead use it for police operations. This suspicion is backed by the fact that they have already made arrangements with the Copenhagen Fire Department, which also operates the ambulances in Copenhagen, and have established other entranceways and maneuvering spaces for fire trucks and ambulances in the area.

The people in Christiania have developed their own set of rules, independently of the Danish government. The rules forbid stealing, violence, guns, knives, bulletproof vests and hard drugs.

Famous for its main drag, known as Pusher Street, where hash and Skunk weed were sold openly from permanent stands until 2004, it nevertheless does have rules forbidding hard drugs, such as cocaine, speed, ecstasy and heroin. The commerce is controversial, but since the rules require a consensus they cannot be removed unless everybody agrees. The region negotiated an arrangement with the Danish defence ministry (which still owns the land) in 1995. Since 1994, residents have paid taxes and fees for water, electricity, trash disposal etc. The future of the area remains in doubt, though, as Danish authorities continue to push for its removal. On Pusher Street, cameras are not allowed, and locals will wave their hands and shout "No photo!" if they see someone trying to take a picture.

[edit] Recent controversies

Partly as a consequence of the government's normalization plans, there have been increasing protests and conflicts in and around Christiania. See below: Further development

[edit] Riots over demolition of house

On May 14, 2007 workers from the governmental Forest and Nature Agency, accompanied by police, entered Christiania to demolish leftovers of the small, abandoned building of Cigarkassen ('the cigar box'). They were met by angry and scared Christianites who feared that the police were going to demolish other houses too. Road blocks were built and the trucks transporting what was left of the house were sabotaged so that they could not move. The police then entered the Freetown on a massive scale and were this time met by violent protesters who threw stones and shot fireworks at the police vehicles, and built barricades in the street outside the Christiania gate. The police used tear gas on the rioters, and a number of arrests were made.[4] One activist snuck up behind the police commander, and poured a bucket of urine and faeces over him.[5] The police later had to retreat from Christiania. The riot continued over night as youths barricaded the entrances to Christiania and bombarded the police with stones and Molotov cocktails. After several failed attempts to storm the barricades the police ultimately had to give up and retreat. All in all over 50 Christiania activists and rioters from outside were arrested. Prosecutors are demanding that they are imprisoned on account that they may participate in further disturbances in Copenhagen, which they claim themselves is "in a state of rebellion."[6]

[edit] 2005 shooting and murder

On April 24, 2005, a 26-year-old Christiania resident was killed and three other residents injured in a violent gang assassination on Pusher Street. The reason for this was a feud over the hashmarket of Copenhagen.

After the open hash trade was ended in Christiania the year before, criminal circles outside Christiania were eager to take over the market. Those responsible for the shooting were one such gang of immigrants from Nørrebro, a northwestern borough of the city. Repeatedly they had asked the Christiania pushers to allow them on their market and repeatedly they had been turned down. On April 23, 2005, an escalation of this stalemate happened. The pushers of Christiania discovered that a member of the outside gang had infiltrated their organisation by dating a female pusher. He was exposed and just barely escaped with two bullets flying by him. The next day two cars pulled up outside Christiania and 6–8 masked men with automatic weapons got out and headed for Pusher Street. When they got there they simply opened fire indiscriminately toward the crowd and shot at least 35 heavy rounds everywhere, killing one and injuring three Christianites.

Some saw this tragic incident as a sign that the future strategy of the community was dubious due to the risk of violence stemming from the hash-market.[7] Others blamed the incident on the fragmentation of the Copenhagen hash market and its expansion to the rest of the city, brought about by the measures of the Anders Fogh Rasmussen government. See below: Drugs

[edit] 2004 TV feature

The political satirical TV show Den halve sandhed ("The half truth") featured Christiania in its March 26, 2004, episode. As a tongue-in-cheek action, a journalist started to erect a small wooden hut in one of Christiania's open areas, naively claiming he assumed everyone could settle in the freetown.

Within minutes, Christiania residents arrived and told him this was totally unacceptable. The journalist was violently threatened to make himself scarce. Other residents, however, took the time to peacefully explain Christiania building rules (approval by the community meeting is needed for construction). Later, journalists set up a stall attempting to sell 'non-politically correct' products such as Coca-Cola and Israeli oranges, arguing this was no worse than selling cannabis to minors.[8]

Designed by Danmarks Radio to test Christiania's tolerance towards the outside world, the feature did not amuse the residents. Proponents of Christiania have defended the hostile behavior seen in the show. Allegedly, the background is that the current political situation forces Christiania to have a moratorium on construction work, unless police officers should come and take things down forcibly. A complete moratorium on construction was a precondition for the state to enter the current negotiations. Nils Vest, a film director resident in Christiania, has accused the TV programme of being tendentious and biased.[9] Others have taken the episode as a proof of faded collectivist ideals and bigotry within Christiania.

[edit] Cars

Within Christiania itself no cars are allowed. However, a total of 132 cars are owned by residents and need to be parked on the streets surrounding the Freetown. [10] After negotiating with city authorities, Christiania has agreed to establish parking areas for residents' own cars on its territory. As of 2005, parking space for only 14 cars had been established within the area.[10]

Before the city council elections of November 2001, residents in one of Christiania's sections proposed a municipal kindergarten just outside Christiania should be torn down and moved some hundred meters away, the area being turned into a parking lot. The proposal was criticised by other Christiania residents and citizens in the borough, but proponents claimed the wooden kindergarten buildings were outdated anyway and the parking space issue needed to be solved before Christiania itself would turn into an area where cars were widely parked. It has also been claimed that taxis and police vehicles add to the traffic problems.[11]

[edit] Gay house

Since the 1970s the Gay House (Bøssehuset), one of Christiania's autonomous institutions, had been a centre for gay activism, parties and theatre. The humorous and artistically high-ranking variete-style shows still have fame among Copenhagen homosexuals. The original pioneers having aged (and for some part died) during the 1980s and 1990s, the house was less used and was empty from about 2000 onwards.

In 2002 a group of young gay performers and activists, Dunst, were invited to take over the house so it could remain a centre for gay creativity. However, after 9 months they were asked to leave Christiania again.

Dunst claim they introduced a democratic management form and established open workshops for photography, art, music, dance, video etc. They also arranged three 'Save Christiania' nights, a cabaret show and three support parties in order to be able to downpay some of the Gay House's debt to Christiania. According to Dunst, however, neighbours would never readily accept them and the newcomers were accused of not understanding "the Christiania lifestyle". Dunst claim they received verbal abuse, threatening letters and were even, at one instance, threatened with a baseball bat. Some disliked Dunst's loud parties, their contemporary electro-punk style music being described as techno.

In 2004 Dunst participated in 'Christiania Distortion', an event supportive for Christiania. As they could not make use of the Gay House, Dunst's part of the event took place in a bus circling around Christiania.[12][13]

[edit] Drugs

'Pusher Street', after eviction of the hash stands. A 'no photo sign' remains.
'Pusher Street', after eviction of the hash stands. A 'no photo sign' remains.

Since its opening, Christiania has been famous for its open cannabis trade, taking place in the aptly named and centrally located 'Pusher Street'. Since 2003, however, the 'officially' open hash trade has been ended by measures of the authorities, but more or less covert trade of hash and harder drugs still abounds. Although illegal, authorities were for many years reluctant to forcibly stop the hash trade. Proponents thought that concentrating the hash trade at one place would limit its dispersion in society, and that it could prevent users from switching to harder drugs. Some wanted to legalize hash altogether. Opponents thought the ban should be enforced, in Christiania as elsewhere, and that there shouldn't be differed between 'soft' and 'hard' drugs. It has also been claimed that the open cannabis trade was one of Copenhagen's major tourist attractions, while some said it scared other potential tourists away.

Hard drugs, including heroin and cocaine, have been ruled out of Christiania since 1979 by the community's own rules.

[edit] Eviction of hard drugs

One of the very biggest accomplishments in the history of Christiania was the 'junk blockade' in November of 1979. The government was still very hostile but the community faced other acute challenges as well. Many Christiania residents were interested in mind-altering techniques, including psychotropic substances. During the late 1970's hard drugs such as heroin were considered permissible, but this had grave consequences. In one year, from 1978 to 1979, ten people had died in Christiania from drug overdose; four of them were residents there. Most of them lived in a building called 'The Arc of Peace', which was in an extreme level of disrepair. Doors were missing, there were holes in the floors, and in most rooms there were no furniture except mattresses. It was a terribly unhealthy environment and the Christianites became increasingly aware that the situation could not continue.

An attempt was made to cooperate with the police in order to get rid of the heroin pushers, which was something many Christianites felt extremely uncomfortable about— due to their anarchical tradition and the continuous clashes between Christiania and the police. However, despite the shared feelings of distrust of the instigating police involvement, some Christianites feeling there was no other way to fix such an imminent and threatening problem, had supplied the police with a list of suspected hard drug networks. The intention of the Christianites' decision was made very clear: for police to concentrate only on hard drugs. This did not happen, the police had ignored the Christianites' requests and made a large crackdown—but only on the hash network, leaving the heroin ring untouched.

Feeling betrayed and bitter the Christianites decided not to cooperate any further with the authorities, and instead launched what was to be known as the Junk Blockade. For 40 days and nights the Christianites—men, women, and children—patrolled 'The Arc of Peace' and whenever they found junkies or pushers they gave them an ultimatum: either quit all activities with hard drugs or leave Christiania. In the end, the pushers were forced to leave, and sixty people entered drug rehabilitation.

[edit] Biker gang eviction

Around 1984 a biker gang had arrived in Christiania and conquered a part of the hash market. Violence on the premises increased at this period and many Christianites felt unsafe and unhappy with the new residents. This resulted in sabotage acts directed towards the bikers as well as the publication of several provocative manuscripts urging the Christianites to throw out the powerful and armed bikers. This tension culminated when the police found a murdered individual who had been sliced to pieces and buried beneath the floor of a building. Christiania reacted with two colossal community meetings—one outside the building—where it was agreed that the bikers had to leave. They did, and have never returned.

[edit] End of open cannabis trade

Since its opening in 1971, the open drugs trade of Christiania was a thorn in the side of Danish authorities, a constant source of public discussion, and led to protests from neighbouring countries as well (especially Sweden with its no-tolerance drug policy). When the centre-right cabinet of Anders Fogh Rasmussen took office in 2001, one of its promises was to end illegal activities at Christiania.

When the government in 2002 declared its aim that the hash trade be made less visible, the hash sellers covered their stands in military camouflage nets as a humorous reply[14]. On January 4, 2004, the stands were finally demolished by the hash dealers a day before a large scale police operation. They knew about this operation, and decided to take the stands down themselves. The police made more than twenty arrests in the following weeks, and a large part of the organised dealer network of Pusher Street was then eliminated. Critics claim, however, that this did not stop the hash trade, it merely caused the trade to relocate outside of Christiania and to change to being on a person-to-person basis. Before they were demolished, the National Museum of Denmark was able to get one of the more colourful stands, which is now part of an exhibit.

On March 16, 2004, the police raided the area. Allegedly, many dealers started to move huge amounts of hash out into Copenhagen and the rest of the country instead. This was done in order to avoid the heavy police-presence in Christiania and to meet the demand for hash by customers. According to both police and other sources the number of hash clubs in Copenhagen grew rapidly to at least five times as many as before the police crackdown on Pusher Street, and in these clubs the sale of hash was mixed with other drugs such as speed, cocaine, ecstasy and GHB. Especially in northwesterns part of the city (Nørrebro and the Nordvest borough) many clubs arrived and were controlled by armed gangs who had long tried to enter the hash sales on Christiania. The gang responsible for the shootings of 2005 were one of these. See above: 2005 shooting and murder

[edit] Businesses

Christiania has become home to several ventures such as carpenters, blacksmiths, a bikeshop, as well as several cafés, restaurants, jazz, blues and night clubs.[15][16]

[edit] Further development

The drug trade in Christiania has been a source of constant annoyance for many Danes and the current centre-right government is taking a number of steps to ensure that Danish law is enforced in Christiania. The first step in this process was a police crackdown on the drug trade. Both politicians and police have declared that the drug trade will not be allowed to return. The second (and currently ongoing) phase is the registration of all buildings in Christiania. The third step will be the demolition of a number of shacks, constructed in a nature-preserved area (the historic naval fortress of Copenhagen). These buildings had all been approved by the authorities before the new government passed the current law on Christiania. For the last 15 years the government has not allowed construction in Christiania. This is now being enforced as a zero-tolerance policy with the help of a massive police presence. This is regarded by Christiania community as a government strategy to undermine the collective self-government of Christiania. They believe the government is planning to sell out building rights to private enterprises [11], in an attempt to force the freetown to accept the paradigm of private ownership and market capitalization of private property. The 900 or so inhabitants of Christiania have staked a claim for collective rights of use to all of Christiania, but this has been ignored by the government.[citation needed].

[edit] Governmental normalisation measures

In 2004, the Danish government passed a law abolishing the collective and treating its 900 members as individuals. Beginning in the summer of 2005, a series of protests have been staged by Christiania members. During the same time, Danish police have made frequent sweeps of the area.

The Christiania Café Månefiskeren installed an outdoor countboard of police patrols on Christiania in November 2005. In the summer of 2006 this passed the 1000th patrol (about 4–6 patrols a day). These patrols normally consist of 6 to 20 police officers, often dressed in combat uniform and sometimes with police dogs.

This has, however, not affected the street prices of cannabis in- or outside of Christiania. There has been no notable increase or decrease in "regular crime" in the area.

In January 2006, the government proposed that Christiania would be turned into a mixed alternative community and residential area adding condominiums for 400 new residents. Current residents, now paying DKK 1450 (USD 250) per month, would be allowed to remain but need to begin paying normal rent for the facilities, albeit below market rent levels. Christiania has rejected this scenario, fearing the freetown would turn into a normal Copenhagen neighbourhood. In particular, the concept of privately owned dwellings is claimed to be incompatible with Christiania's collective ownership.[17]

[edit] Quotes from politicians

Christiania-spokesperson for the Conservative (governmental) Party, Christian Wedell-Neergaard:

"Christiania is a dwelling for people who wish to live in a different manner...But it is crucial that varied ownership-models are introduced, so that there will be both private and partially owned houses."

or

"(Christianias) demand that there be a collective fund is not fair, It doesn't meet the wish for a normalization. We (the government) have emphazised that there should be varied ownership-models, such as private ownership."

or

"...it is natural that there are also privately owned buildings in an area like Christiania...Because it is the case for the surrounding society in general, that there are variety in the ownership." (all quotes from Politiken,29.January 2006, pg.6)

or

the Minister of Finance, Thor Pedersen, from the government-party Left (Venstre), who to the question in parliament whether the new buildings at Christiania were only economically motivated, answered:

"It is a political priority that there be build new houses as suggested, to ensure a development of the Christiania-area with varied ownership-models." (Information, 6.June 2006, pg.3)

As can be seen the government plan for normalization definitely includes stopping the 35 year old absolute collective ownership-model. The phrase "varied ownership" is synonymous with "introducing private ownership" since it has been a firm principle of Christiania up until now to be collectively owned by all christianites, so that no one have been able to earn money from their estates. This, of course, will also fall with governments plan for normalization, in effect introducing real estate-speculation to Christiania.

[edit] Architectural competition

In order to present a reasonable use of area after an eventual "cleaning", the Danish government commissioned an architectural competition. 17 proposals were received, of which only eight have met the formal competition requirements. All of the proposals were rejected by the panel of judges. The cost of the architectural competition was 850,000 Danish Kroner (113,000 Euro, 145,000 USD).

[edit] Christiania's development plan

Christiania has countered the government's plans for normalization with its own community driven planning proposal[12], which after 8 months of internal workshops and meetings gained consensus at the common meeting before being published in early 2006. Christiania's own development plan was awarded the Initiative Award of the Society for the Beautification of Copenhagen in November 2006 and the plan has received positive attention from the municipality of Copenhagen and the Agenda 21 Society for its sustainability goals and democratic process.

[edit] References

[edit] See also

[edit] External links

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